REGARDS PAR-DESSUS LA FRONTIÈRE UNE EXPOSITION DU CONSEIL DU LÉMAN
 

Laurence Bonvin

Laurence Bonvin vit à Genève et à Berlin. Elle est détentrice d'un diplôme de l'école Nationale de Photographie d'Arles. Depuis 2002, elle enseigne la photographie à L'école d'Art de Lausanne (ECAL), elle est lauréate du prix de la Fondation Vordemberge-Gildewart (2000) et du Swiss Art Awards (2002 et 2006). Elle a participé à de nombreuses expositions collectives et s'est vu consacrer plusieurs expositions individuelles. Elle a notamment présenté en 2008 un travail intitulé On the Edges of Paradise au Centre de la photographie à Genève. Ce même travail a été présenté à Platform Garanti Contemporary Art d' Istambul. En 2003, elle présente un ensemble d'images de nuit As a One-Eyed Little Owl à la salle Crosnier à Genève .

Pour l'exposition Flux, Laurence Bonvin a suivi les usagers du tram 12 aux abords de la douane de Moillesulaz. Elle présente des inconnus de dos ou de trois-quart, des hommes et des femmes qui vaquent à leurs occupations entre la limite du canton et le cœur de la ville. Chaque image est un suspens entre l'anonymat, la solitude, la destination inconnue et cette situation banale que nous connaissons tous pour l'avoir expérimentée: l'usage du transport public urbain. Des cadrages rapprochés extrêmement précis caractérisent l'esthétique de ce travail, et rappellent, dans un cousinage évident, la grande tradition du détail. Le sujet de ce témoignage pourrait s'intituler Identités.

Pourquoi des Régions?

(…) Les Régions ne sont pas un problème scientifique d'abord, mais politique. Pas un problème logique, théorique, économétrique d'abord, mais un problème civique d'abord, social, psychologique, éthique avant toute chose. La question n'est pas d'étudier une réalité donnée, telle qu'elle est, mais de construire une réalité habitable, telle que des hommes seuls peuvent la faire devenir. Les Régions ne sont pas des objets à étudier mais à constituer. Elles sont potentiellement des objets de notre action, de notre volonté, et en tant que telles seulement, des objets de connaissance, comme l'a si bien montré Piaget par ses nombreuses analyses établissant que notre savoir, notre connaissance, ne proviennent ni des sens, ni de structures tombées du Ciel des Idées, mais des activités, de l'action de l'homme. Dans ce sens, on peut dire qu'il n'y aura jamais de Région, que la Région ne sera jamais une réalité pour celui qui ne veut pas la faire; ou pour celui qui n'accepterait qu'on se soucie de la faire que si on lui prouvait d'abord qu'elle existe. Celui qui nie toute valeur « scientifique » à l'action de construire, nie la source même de tout savoir, de toute connaissance réelle. On a pu se demander si la Région est un fait de Nature ou de Culture? (De géographie ou d'histoire? D'économie ou d'éthique? D'écologie ou de morale civique?) Je pense que la Région est un phénomène de Nature au sens actif du mot, qui est son sens étymologique : Natura = ce qui engendre, l'engendrante, ce qui fait naître, ce qui est à naître.

Denis de Rougemont, Ecrits sur l'Europe


Message aux régionalistes

La Région ne doit pas être imaginée comme un mini Etat-nation, qui aurait tous les inconvénients des grands, plus ceux de la petitesse physique. Il faut la concevoir, au contraire, comme la création d'une communauté SUI GENERIS, d'un milieu humain où l'on se sent heureux de vivre, de travailler et de ne rien faire, ce qui est sans doute le meilleur test d'un environnement de qualité. Plutôt que de chercher à se rendre concurrentielle, elle doit chercher à se rendre utile, et son problème n'est pas d'exploiter le voisin mais de coopérer avec lui. (…)

Denis de Rougemont, Ecrits sur l'Europe

   
 
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