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Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus
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On voit bien, dans ces zones-là où les nations se touchent, l'oscillation de leurs ambitions – ou de leurs moyens.
Ce sont les normes, les règles, les taxes, les coûts du travail et du sol qui concrétisent les frontières.
Les populations, de part et d'autre, calculent et traversent selon leurs intérêts.
Quand les décisions politiques de deux Etats voisins s'harmonisent pour faciliter les échanges,
et privatisent à tout-va, la frontière n'est plus qu'une question de coûts et de prix, taxes comprises.
À moins d'une crise où les valeurs à nouveau départagent, elle est à discrétion,
chacun la consomme comme il veut. Un changement du cours de l'euro par rapport au franc suisse
et ce sont des dizaines de maisons qui se vendent ou s'achètent de chaque côté; une baisse de l'impôt
ici par rapport à là et de nouveaux destins qui se tissent par un investissement, une délocalisation,
un déménagement.
Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus
Voisinage, le « nous » et « les autres »
(…)
La frontière met en scène le couple « nous » et « les autres »,
constitutif de l'expérience humaine.
Ce qui change, c'est le contenu du « nous »: un peuple, plusieurs ensemble,
associés librement ou sous la contrainte, cela dépend. La ligne de démarcation ne veut rien dire,
c'est de la cartographie, du tracé vide de sens, mais comme représentation d'un partage,
elle sert de référence aux voisins et à tous ceux qui cherchent à affirmer une identité.
Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus
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