REGARDS PAR-DESSUS LA FRONTIÈRE UNE EXPOSITION DU CONSEIL DU LÉMAN
 

Michel Delaunay

Michel Delaunay est un photographe français qui n'a cessé de voyager. Il vit actuellement à Paris. Pendant plus de trois ans, il a sillonné l'Ouest africain rassemblant des photographies qu'il a regroupées dans un Carnet d'errances. Ce travail a été salué par une exposition placée sous le patronage de l'UNESCO. Il a suivi une formation à l'EMI-CFD en photojournalisme. Il est porteur d'un projet intitulé D'un bord l'autre sur la construction de l'identité européenne. A la fin de l'année 2005, suite aux émeutes qui enflamment de nombreuses villes de France, il travaille un an sur la frontière «psychogéographique» entre Paris et sa banlieue. En 2007, il poursuit son travail sur l'identité européenne et visite les nouveaux pays membres, la Bulgarie et la Roumanie. Il étend ce récent voyage à l'Arménie, la Turquie et la Géorgie.

Pour l'exposition Flux, il a choisi de suivre des frontaliers sur leur lieu de travail dans des entreprises situées entre le Pays de Gex et Genève. Il a également été interpellé par l'étrange esthétique des centres commerciaux. C'est un monde surpris dans la transpiration de la tâche et dans la rugosité du quotidien qui interpelle Delaunay. La subtilité du traitement des couleurs fait de ces images des tableaux qui rappellent les peintures flamandes.

Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus

(…) On voit bien, dans ces zones-là où les nations se touchent, l'oscillation de leurs ambitions – ou de leurs moyens. Ce sont les normes, les règles, les taxes, les coûts du travail et du sol qui concrétisent les frontières. Les populations, de part et d'autre, calculent et traversent selon leurs intérêts. Quand les décisions politiques de deux Etats voisins s'harmonisent pour faciliter les échanges, et privatisent à tout-va, la frontière n'est plus qu'une question de coûts et de prix, taxes comprises. À moins d'une crise où les valeurs à nouveau départagent, elle est à discrétion, chacun la consomme comme il veut. Un changement du cours de l'euro par rapport au franc suisse et ce sont des dizaines de maisons qui se vendent ou s'achètent de chaque côté; une baisse de l'impôt ici par rapport à là et de nouveaux destins qui se tissent par un investissement, une délocalisation, un déménagement.

Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus


Voisinage, le « nous » et « les autres »

(…) La frontière met en scène le couple « nous » et « les autres », constitutif de l'expérience humaine. Ce qui change, c'est le contenu du « nous »: un peuple, plusieurs ensemble, associés librement ou sous la contrainte, cela dépend. La ligne de démarcation ne veut rien dire, c'est de la cartographie, du tracé vide de sens, mais comme représentation d'un partage, elle sert de référence aux voisins et à tous ceux qui cherchent à affirmer une identité.

Joëlle Kuntz, Adieu à Terminus

   
 
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